Règlement de contes

Règlement de contesRèglement de contes

Kwal

Album CD – 2002 – Musique Caméléon – Tripsichord

Les contes modernes de Kwal se racontent en chansons. Seize plages de rap aux références larges et aux racines profondes, qui additionnées les unes aux autres forment une chronique contemporaine teintée d’espoir, de revendications, et d’amertume.

Avant tout chose, Règlement de contes, c’est un point de vue, celui du conte, ces histoires « enfantines » à vocation métaphorique et universelle. Mais c’est aussi un parti pris, celui du règlement… de ces histoires par des enfants devenus grands. Album-concept, le premier disque de Kwal a de quoi interpeller.

La composition thématique de l’album est double. D’une part, le texte décrit un état de fait, sans le juger, en plaçant dans un contexte actuel un enfant, des enfants ou « l’enfance » au sens large; de l’autre, la parole vient commenter et constater les erreurs, les déceptions engendrées par cette situation et ses évolutions.

Des titres (qui comptent parmi les meilleurs) comme Le pervers noël, Le juge ment, Trafiquants de larmes ou encore La planète des songes ne peuvent indéniablement pas éviter les rapprochements avec l’actualité. L’ensemble apparaît comme une dénonciation des maux de notre société: capitalisme exacerbé, manipulation des images, injustice sociale, corruption, génétique… culte du paraître. Rien n’est évité ou presque.

Jeux de mot, jeux de tempo. Des voix fluides oscillant entre le calme plat de la déclamation et la fureur d’un beuglement servent parfaitement le propos de Kwal, par ailleurs ex-chanteur/compositeur de Carc(h)arias (groupe de metal-fusion).

L’interprétation de qualité mélangée à des rythmiques hip-hop, trip-hop, ragga, renforce l’intérêt et la cohérence du projet. La boîte à rythme (tout de même un brin répétitive) qui rappelle le MC Solaar des derniers albums, la rondeur des basses à la Dr Dre, une atmosphère crépusculaire, et une instrumentalisation ethnique (sitars, tablas indiens, chant kabyle) permettent en effet à la chronique de développer son propos… sur le bon tempo.

La gestion des plages est évolutive et judicieusement entrecoupées d’interludes au ton sarcastique et distancié. Rajoutez à cela, une production impeccable (pochette, livret, site internet) et vous obtenez un excellent CD de rap français, entre constat amer et comptine enragée.

Benjamin d’Aoust

Liste des titres :

Intro
Le pervers noël
Le prince et le pauvre
Petit poucet
Interlude
Le manège infernal
Le juge ment
Guignol
Interlude
Trafiquants de larmes
L’écorcé vif
Interlude
Né de clone
La planète des songes
Mille et une nuits
Le petit repoussé

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